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Gestion d'entreprise

La semaine de 4 jours est un mirage

Par Sébastien Charland 24 novembre 2021

Au début de ma carrière d’entrepreneur, j’étais à des années-lumière de faire des semaines de 4 jours; je travaillais régulièrement 50 heures ou plus par semaine.


J’étais dans la mi-vingtaine et célibataire, et j’avais du coeur au ventre. Je ratais souvent des occasions de voir mes amis, je travaillais les soirs et les weekends, mais j’étais convaincu que c’était un coup à donner pour réussir. Pour combien de temps? Autant qu’il fallait.

D’une certaine façon, je n’avais pas tort : démarrer en affaires requiert d’avoir de la chance et d’y mettre beaucoup d’efforts. Mais d’une autre façon, je savais que c'était malsain, du moins à long terme.

Après un certain temps, l’humain s’habitue à presque tout, incluant au travail acharné en continu et au fait de ne pas prendre ses vacances. Donc même si en rétrospective, j’aurais pu ralentir après 2 ans, ça m’a malgré tout pris 12 mois supplémentaires avant de vraiment revenir à une semaine de travail normale. J’étais trop habitué.

Chains of habit are too light to be felt until they are too heavy to be broken.

W. Buffett

Finalement, c’est après trois ans et des milliers d’heures supplémentaires chez Agendrix que j’ai enfin commencé à ralentir.

Le rêve de la semaine de 4 jours

La semaine de 4 jours paraît fabuleuse a priori. Je crois même que dès notre plus jeune âge, nous sommes conditionnés à la désirer. J’en mettrais ma main au feu.

Vous souvenez-vous des semaines d’école écourtées grâce aux journées pédagogiques?

Il y a une panoplie de bénéfices à cette semaine de rêve, études et expérimentations à l’appui. Parmi les arguments les plus convaincants, on évoque la loi de Parkinson : plus nous avons de temps pour faire une tâche, plus nous allons en utiliser.

Êtes-vous plus productif au début d’un échéancier, ou quand vous approchez du deadline?

Voici d’autres bénéfices :

  • Moins de flânage sur les sites Web;
  • Des employés plus détendus et heureux;
  • Plus de concentration.

Et on a des exemples tangibles sur lesquels baser notre réflexion. Par exemple, la filiale de Microsoft au Japon se targue d'une hausse de productivité de 40 % depuis l’instauration de la semaine de 4 jours. Les gouvernements de la Nouvelle-Zélande, de l’Espagne et de l’Écosse étudient même des projets de loi qui subventionneront les entreprises offrant de plus courtes semaines de travail.

On est bien loin du refus du gouvernement du Québec d’adopter le 30 septembre comme férié pour la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, en raison d’un risque de perte de productivité… 🙃

Le cauchemar managérial de la semaine de 4 jours

Bon, je dois cependant vous faire une confession : je crois que la semaine de 4 jours est un mirage. Il n’est pas réaliste de penser que la majorité des emplois se prêtent bien à une semaine écourtée :

  • Comment assurer le roulement des opérations si tout le monde prend la même journée de congé dans la semaine?
  • Comment organiser le travail d’équipe si tout le monde prend une journée différente?
  • Comment faire si mon entreprise doit servir les clients 5, 6 ou 7 jours par semaine? 
  • Est-ce réaliste pour les employés de faire autant d’heures de manière condensée?
  • Qu’est-ce qu’on fait avec les salaires?

La semaine de 4 jours est un défi trop difficile à relever pour la majorité des entreprises. Donc de facto, ce n’est pas la bonne approche à mes yeux.

Effectivement, je préfère de loin la simplicité et j’aime trouver des façons d’appliquer le principe de Pareto, vous savez, le principe du 80-20 : 20% des efforts donnent 80% des résultats.

Le projet pilote aux conséquences inattendues

La semaine de 40 heures est le choix par défaut chez Agendrix depuis nos tout débuts, en 2015. Cependant, nous avons fortement progressé côté conditions de travail : 

  • 4 semaines de vacances dès l’embauche;
  • Des fériés supplémentaires;
  • Des jours de congé bien-être;
  • Un abonnement au spa;
  • Une allocation pour bureau à domicile;
  • Et j’en passe.

Puis, les heures d’été sont arrivées ☀️

En voulant aller plus loin il y a quelques années, nous avons lancé avec succès un projet pilote pour instaurer des heures d’été, c’est-à-dire une demi-journée de congé payé par semaine durant toute la saison estivale. Cette annonce-là a été un hit immédiat avec l’équipe. Ça faisait longtemps qu'on n'avait pas vu une réaction aussi hype.

En plus, c’était le comble du bonheur pour les jeunes parents. En effet, pour leur permettre de passer plus de temps avec la famille, les heures d’été concordaient avec les vacances scolaires (10 semaines). En apparence, tout était parfait. Un autre beau perk Agendrix.

Aussi pire que de changer l’heure 🕑

Le problème, c’est quand on revenait à l’horaire normal, en automne. Avec la fin des vacances et la rentrée des classes, plusieurs employés appréhendaient d’avoir à faire plus d'heures. Ça me faisait capoter : le fait de revenir à des heures normales causait du stress à nos employés.

Je n’imagine même pas les impacts négatifs du temps supplémentaire obligatoire dans le réseau de la santé.

Le retour des vacances semblait ainsi encore pire que les années précédentes, où l’on n’avait même pas d’heures réduites l’été pour se reposer davantage!

Selon moi, la cause du problème n’était pas le nombre d’heures travaillées. Non, le coupable, c’était le bouleversement de la routine.

Je vois ça un peu comme le changement d’heure, que je considère être une mauvaise habitude. Ça affecte notre humeur, notre jugement et nos décisions. Adam Grant, un psychologue organisationnel de la trempe de Simon Sinek, souligne d’ailleurs : “It’s time to stop changing clocks 2x a year. It costs us far more than sleep.”

La solution à 35 heures

D’un côté, nous avions donc une relation amour/haine avec les heures d’été, et de l’autre, le rêve des bénéfices que faisait miroiter la semaine de 4 jours. Néanmoins, nous étions réticents à l’essayer vu les défis d’implantation importants... Jusqu’à ce que nous tombions sur un article provenant de l’infolettre Work Life by Atlassian : “This is how many hours you should really be working.”

L’auteur explique que le nombre d’heures de travail de chacun devrait varier selon les personnes et le type d’emploi. Les exemples les plus probants viennent encore et toujours des leaders habituels en matière de meilleures pratiques d’emploi : les pays scandinaves.

Généralement, les Danois, ainsi que plusieurs autres de leurs pairs scandinaves, travaillent en moyenne entre 35 et 36 heures par semaine, et rarement plus que 37. C’est avec ce nombre d’heures qu’ils atteignent le sweet spot entre productivité et bonheur. Et c’est précisément en lisant ce passage que tout s’est mis à avoir du sens pour nous.💡

Pourquoi essayer de s’attaquer à tous les défis entourant le passage à une semaine de 4 jours quand on pouvait simplement réduire les heures de travail et rafler du coup la plupart des mêmes bénéfices?

On se rappelle le principe de Pareto : 20 % des efforts, 80 % des bénéfices.

Une semaine après la lecture de l’article, nous avons décidé de changer la durée de notre semaine de travail normale : on passait de 40 heures à 35, sans baisser les salaires.

La semaine de 35 heures (ou la semaine avec heures réduites) est plus flexible, plus réaliste et plus accessible. En somme, c’est une solution supérieure à la semaine de 4 jours et à celle de 40 heures.

Aller au-delà de la semaine de 35 heures

Pendant une réunion du conseil d’administration, nous avons annoncé ce changement. Un de nos administrateurs, David Hervieux, président et fondateur de Devolutions, nous a dit quelque chose dans cette veine : 

« C’est un bon changement. Les employés chez Devolutions sont à 35 heures depuis le début. Certains vont apprécier le 35 heures et d’autres auront un contexte familial qui va nécessiter un peu moins. Mais dites-vous que ça joue dans les deux sens, il y a aussi des gens dont le contexte fait en sorte qu’ils veulent travailler plus. S’ils sont compétents et productifs, pourquoi ne pas leur permettre de le faire? »

Vous souvenez-vous de moi en début de carrière?

Nous n’avions pas du tout pensé à cette possibilité. Sauf que nous nous sommes rapidement ralliés derrière la proposition de Dave. C’était une façon d’aller au-delà de la semaine de 35 heures en permettant d’être rémunéré au prorata selon le nombre d’heures choisies.

Le labo RH chez Agendrix 👨🏻‍🔬

Agendrix est tranquillement en train de devenir un vrai laboratoire RH. En effet, nous avons remis beaucoup de choses en questions depuis 6 ans, mais à peu près jamais la semaine de 40 heures. C’est maintenant chose faite. 

Notre pari est le suivant : il y aura moins d’heures travaillées, sauf que celles-ci seront plus productives et il n’y aura presque pas d’impact sur les livrables. Au passage, nous gagnerons le cœur de nos employés.

Je ne vous cacherai pas qu’un tel changement vient avec son lot de défis d’implantation (comme tout changement). Néanmoins, nous serions des cordonniers mal chaussés d’écrire autant sur les meilleures pratiques RH si nous n’essayions même pas de repousser les limites dans notre cour. Et en cas de fiasco, ça nous fera un bon sujet pour un futur article.

Je suis très reconnaissant de la chance que nous avons de pouvoir faire ça. Véritablement. Nous sommes encore assez petits pour pouvoir nous retourner sur un dix cennes, mais assez gros pour avoir les moyens de nos ambitions. Ce n'est pas donné à toutes les entreprises.

Parlant de ça. Je comprends que certains d'entre vous soient dans une entreprise trop petite, ou bien trop grosse pour faire un changement aussi grand que le nôtre.

Mais qu’est-ce qui vous empêche de lancer un projet pilote temporaire de 37 ou 38 heures par semaine?

Ce qui est une certitude, c’est qu’il n’y a plus rien de sacré à propos de la semaine de 40 heures. Si vous ne souhaitez pas manquer le bateau, c’est le temps de passer à l’action, car votre temps et celui de vos employés compte.


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