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Gestion de personnel

Hey, as-tu regardé ta banque de vacances?

Par Sébastien Charland 23 mars 2021

Ces jours-ci, on entend souvent parler de bulles : bulle immobilière, bulle du Bitcoin, bulle boursière...


On observe des secteurs où les prix flambent, comme pour les matériaux de construction, et d’autres, où le mot backorder est devenu la norme, tel que pour l’équipement de sport. 🚴‍♂️

Ailleurs, c’est legit l’inverse. On a qu’à penser aux industries du voyage, de l’hôtellerie et de la restauration. D’ailleurs, un rapport de la CIBC publié en février estimait à 100 milliards de dollars les économies faites par les Canadiens depuis le début de la pandémie.

Il y a fort à parier que c’est de l’argent qui était destiné à ces secteurs.

La bulle des banques de vacances

C’est ce qui m’amène à vous parler d’un autre genre de bulle. Celle-là est pas mal plus discrète et elle s’accumule à chaque paie, soit la bulle de banques de vacances

Le mois dernier, j’ai reçu un rapport annuel sur nos charges salariales et j’ai décidé d’y jeter un coup d'œil. Par hasard, je suis tombé en premier sur un solde de banque de vacances qui me semblait anormalement élevé. En fait, l’employée avait un peu plus de 6 semaines de vacances accumulées. 😳 En creusant davantage, j’ai découvert qu’elle n’était pas seule, loin de là. Aucun département n’était épargné chez nous.

Ce qui m’a frappé, c’est que plus de 30 % de nos collègues n’ont pas pris une semaine complète de congé depuis les 6 derniers mois. Pour une entreprise qui donne 4 semaines de vacances dès l’embauche aux employés, c’est gênant. 🥲

To be fair, même si j’ai bel et bien pris au moins une semaine de vacances récemment, j’avais moi-même un peu plus de 3 semaines de vacances accumulées.

J’ai ensuite décidé de faire un petit sondage maison auprès d’entrepreneurs et de gestionnaires dans mon réseau pour voir si on était les seuls avec ce problème. J’ai rapidement découvert que non, ça semble même être un fléau assez répandu actuellement. 

Le hic, c’est que ça ne vient pas naturellement aux gestionnaires de faire un suivi serré des banques de congé de leurs employés. Du coup, ils ne sont même pas au courant du problème!

Qu’est-ce qui t’empêche de prendre des congés?

Après le sondage, j’ai discuté avec des employés pour savoir pourquoi ils n’avaient pas pris de vacances. La plupart vont vous sembler évidentes… Voici mon top 3 :

  1. On ne peut pas aller en voyage;
  2. C’est déconseillé de changer de région;
  3. Tout est fermé, il n’y a rien à faire.

Je comprends très bien qu'avec le confinement, c'est plus difficile de planifier des congés. Alors d’une part, ces réponses sont valables. Mais de l’autre, avec la situation qui dure depuis un an au moment d’écrire ces lignes, est-ce vraiment raisonnable de ne pas en prendre du tout?

Si oui, à quoi bon accorder autant d’importance aux vacances chez Agendrix?

Ok mais, c’est quoi le problème?

En poursuivant ma réflexion, j’ai tenté d’envisager les répercussions futures de cette nouvelle bulle des banques de vacances. J’en suis arrivé à la comparer à des types de dettes qu’on devra rembourser plus tard. Pour être plus précis, j’en ai identifié trois, soit :

  1. Psychologique;
  2. Financière;
  3. Dette de planification

La dette psychologique

C’est la plus évidente des trois. Plus vous travaillez longtemps en continu, plus vous souffrirez de fatigue, même si vous êtes passionné par ce que vous faites!

Le pire, c’est que quand on en parle à une personne qui a beaucoup de vacances cumulées, elle a de bonnes chances de vous dire qu’elle est « correcte ». En effet, on s’habitue (trop) facilement au travail en continu. Souvent, il faut décrocher de la job pour réaliser à quel point on en avait besoin.

Autre mea culpa. En février 2020, je suis allé au Costa Rica pendant 15 jours. C'étaient mes premières vacances complètes depuis 18 mois... Ce n’est qu’en mettant le pied une planche de surf à Santa Teresa que j’ai réalisé à quel point j’étais brûlé.

Prendre des congés ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité de base, comme l’activité physique, une saine alimentation et le sommeil. 🏄‍♂️

La dette financière

Du côté de l’employée, la banque de vacances s’accumule sur son talon de paie. Ça donne presque un sentiment positif de voir qu’on a de l’argent qui nous attend.

Du côté de l’employeur par contre, c’est un passif comptable (en français : une dette). En temps normal, le compte de « vacances à payer » s’accumule au fur et à mesure que l’employée travaille et se vide naturellement lorsqu’elle prend des vacances.

Mais qu’est-ce qui arrive si l’employée ne prend jamais de vacances? La réponse est : ça dépend. Vous pouvez soit la forcer à en prendre, soit les payer en plus de sa paie normale pour vider sa banque. Dans le second cas, c’est un peu comme payer en double pour une partie de son temps!

La dette de planification

La dette de planification revient chaque saison des vacances et cette année, elle promet d’être particulièrement complexe. Avec autant de gens qui ont reporté leurs plans de voyage durant les douze derniers mois, que va-t-il arriver si on peut vivre un été « normal »?

Lors de la planification annuelle, je doute que les gestionnaires aient anticipé l’impact d’absences simultanées et prolongées de leur personnel sur leurs échéanciers ou sur la couverture minimum de service à la clientèle à fournir. 

Si les banques de vacances sont pleines à craquer et que les mesures de confinement se relâchent cet été : est-ce que les employés voudront prendre plus, ou moins de vacances qu’à l’habitude?

Je plains les gestionnaires qui devront commencer à refuser des vacances, ou pire, à imposer des dates de congé aux employés comme la CNESST permet de le faire. Pis encore, un employé privé de sa période de prédilection va fort probablement ressentir davantage les effets de la dette psychologique… On n'est pas sorti du bois!

Sortez donc de votre bulle!

Je crois qu’il faut y aller avec le gros bon sens et avoir une conversation honnête avec votre équipe. Si personne ne prend de vacances prochainement, ça va inévitablement causer des déceptions lorsque tout le monde voudra en prendre plus tard.

D’ailleurs, voici quelques idées que nos employés ont eues pour profiter de congés durant les derniers mois :

  1. Enchaîner des longs weekends;
  2. Rénover ou redécorer une pièce de la maison;
  3. Prendre une journée off improvisée (rando, ski, etc.);
  4. Déménager;
  5. Aller travailler à partir de la Floride! (je rigole)

Bref, prendre des congés sur semaine, ça peut faire partie de la solution!

À vous, chers gestionnaires

Ouvrez le dialogue avec vos collègues. Personne ne veut se voir obligé de refuser des dates de vacances à ses employés, ou encore de devoir en imposer!

Pour y arriver, je me suis lancé le défi de prendre 4 congés sur semaine d’ici la fin du printemps. Pourquoi ne pas vous joindre à moi? Tout le monde sait que c’est important de donner l’exemple. 😉

À vous, chers employés

Prenez des congés avant de vous brûler. Vous êtes peut-être « correct » en ce moment, mais ça ne sera pas la même game si votre premier choix de vacances tombe à l’eau.

Dites-vous aussi qu’il y a des travailleurs essentiels, notamment en santé, qui échangeraient leur place demain matin avec vous pour avoir la chance de prendre des vacances, même si c’est pour un « staycation ».

Trop de vacances c’est comme pas assez

Enfin, toute cette situation m’a fait penser à des articles que j’ai lus il y a quelques années sur le pour et le contre des politiques de vacances illimitées. En gros, certains employés gèrent mal l'ambiguïté causée par l’absence de règles claires et finissent par prendre encore moins de vacances que s’ils suivaient une politique traditionnelle.

Peut-être qu’on devrait avoir une politique de vacances minimales, surtout en temps de pandémie. 🥵

Finalement, les 100 milliards d’économies réalisées par les Canadiens, c’est probablement une bulle aussi. Et gageons que ça ferait du bien aux entreprises du voyage, de l’hôtellerie et de la restauration qu’on la dégonfle un peu. 🙏


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