Affaires

La journée où j’ai cru que notre entreprise allait s'effondrer

Par Samuel Roy 29 juillet 2019

Je me souviens du 2 mai 2016 comme si c’était hier.


Il était 11 h du matin. On se préparait, un de mes partenaires et moi, à livrer un « pitch » devant un comité composé de dix investisseurs. Ces derniers devaient approuver un investissement prévu dans Agendrix. Avant la présentation, le président du comité nous avait rassurés en nous disant que ce n’était qu’une formalité.

À cette époque, Agendrix n’avait pas encore levé de financement externe. Notre temps était compté, puisque l’on dépensait tous les mois plus de cinq fois ce qu’on générait comme revenus. Peu de personnes étaient prêtes à prendre le risque d’investir sous ces conditions.

Une journée catastrophique

On avait préparé toute une présentation; les images y étaient, tout comme notre contenu et notre enthousiasme! Cependant, un retard de 1 h 30 à l’horaire de la journée nous a mis dans une mauvaise position. Lorsque notre tour de présenter est arrivé, il était déjà 12 h 30, et tous les membres du comité étaient visiblement affamés. Non seulement on était de purs inconnus aux yeux de plusieurs, mais capter leur attention devenait difficile.

Notre présentation avait à peine commencé qu’une personne nous a interrompue :

« Votre modèle d’affaires n’a AUCUN sens. Vos chiffres ne fonctionnent pas. »

Cette personne a ensuite continué à critiquer sans retenue ce sur quoi notre équipe avait travaillé avec acharnement depuis plus d’un an. À l’entendre parler, tout ce qu’on avait créé était nul. On était bombardé de critiques.

J’avais l’impression d’être dans un cauchemar. La critique était difficile à digérer dans l’immédiat et le ton que cette personne employait était sans pitié. Sans investissement et avec des dépenses élevées, des salaires réduits et un niveau de motivation ébranlé, les chances de survie d’Agendrix diminuaient.

Faire face à la réalité

Le 2 mai 2016, la réalité nous a fouettés en plein visage. Ça nous a fait mal au moral. On n’était tout simplement pas prêts à lever des fonds. Ce soir-là, je suis retourné à la maison les mains vides et la tête basse; j’ai senti le besoin d’en parler à ma blonde, à mon père et à mes amis.

Être prêt à réagir

Ce même soir, j’ai appelé les investisseurs responsables de notre dossier. J’ai cherché des réponses afin de mieux comprendre leur point de vue; j’ai vite compris que les critiques les plus dures étaient aussi les plus vraies.

Il fallait réagir. Je me suis isolé et mis au boulot. Ce fameux « Votre modèle d’affaires n’a aucun sens » me revenait à l’esprit. J’ai repensé à tout ce que je savais sur la compétition, à tout ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas dans notre entreprise. J’ai réfléchi aux commentaires de nos clients, puis j’ai commencé à imaginer plusieurs scénarios.

Dans les jours qui ont suivi, une tonne de solutions et d’idées m’ont traversé l’esprit. J'ai donc présenté à mes partenaires un plan dans lequel je proposais plusieurs améliorations. De là, on a chacun pris le temps de partager nos idées afin de les faire évoluer. On a notamment discuté de nouvelles sources de financement, de possibilités de recrutement et d’améliorations à notre modèle d’affaires. Puis, on a mis notre plan d’action à exécution.

Le mois suivant, les ajustements à notre modèle d’affaires nous ont permis de connaître une croissance de plus de 40 %. Dans les mois qui ont suivi, plusieurs personnes ont décidé d’investir, incluant les co-fondateurs et les investisseurs du « pitch ». Nous avons également recruté deux nouveaux employés, qui sont devenus des actionnaires et des acteurs clés dans le succès d’Agendrix.

Avec du recul, je me rends compte que même en situation catastrophique, il y a toujours moyen de se relever. Il s’agit de s’arrêter, de trouver des solutions et de pivoter.

Ce que nous retenons de cette journée :

  • Il ne faut jamais faire de « pitch » à des investisseurs affamés 😂.
  • Il ne faut rien tenir pour acquis, car tant que l’entente n’est pas signée et que le chèque n’est pas dans votre compte bancaire, rien n’est officiel.
  • Il faut être réceptif à la critique, même si elle est livrée de façon maladroite. L’important est de l’écouter, de la digérer et d’en extraire le positif pour évoluer.

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