Culture

Comprendre la procrastination au travail pour la vaincre

Par Andrée-Anne Blais-Auclair 3 avril 2019

Procrastination est un mot que l’on emploie souvent « à toutes les sauces » comme dirait ma mère, mais surtout, avec banalité! Il me semble que nous ne sommes pas conscients des répercussions que la procrastination au travail peut avoir sur nos collègues.


Procrastiner est le fait de remettre à plus tard ce que l’on pourrait (ou devrait!) faire maintenant : répondre à nos courriels, rédiger un rapport, traiter des demandes de congé…  Il est ici question de remettre au lendemain ce qui pourrait être fait dès aujourd’hui. En règle générale, on repousse les tâches qui génèrent chez nous une aversion particulière, pour favoriser ce qui nous rend plus heureux, ou à tout le moins de bonne humeur, dans le moment présent.

Saviez-vous qu’environ 20 % des gens seraient des procrastinateurs dits chroniques? Et les gestionnaires n’y échappent pas. Lorsqu’on a une équipe à gérer, la procrastination peut vraiment devenir problématique.

Les effets négatifs de la procrastination

Procrastiner, on peut se l’imaginer, entraîne diverses conséquences qui s’inscrivent à différents endroits sur une échelle de gravité, de banales à très sérieuses. Notamment, on peut s’attendre à des effets tels qu’un stress accru, des répercussions sur notre carrière, et même une baisse de l’estime de soi.

Lorsqu’elle devient systématique, la procrastination peut avoir un effet négatif sur les relations avec votre personnel. Il est primordial d’accorder de l’importance à leurs demandes et ne pas les laisser trainer trop longtemps. Qui aime devoir attendre des semaines avant de savoir si sa demande de congé est acceptée? Mettez-vous à leur place.

Les causes de la procrastination

Si vous croyiez que la procrastination était une habitude anodine, réservée aux paresseux, détrompez-vous! Il existe en fait plusieurs causes auxquelles il est pertinent de s’attarder.

1. La quête du plaisir rapide

Fuschia Sirois et Timothy Pychyl, auteurs du livre Procrastination, Health, and Well-Being, soutiennent qu’il existe un lien entre procrastination et régulation de l’humeur à court terme. Précisément, ils avancent que la tendance à procrastiner provient d’une « déconnexion des conséquences négatives futures pour soi ». J’adore l’exemple qu’ils fournissent pour soutenir leur postulat : 

Procrastiner est un peu comme dépenser à crédit, poursuivre une quête de la bonne humeur immédiate, sans considérer les impacts négatifs futurs.

2. Procrastination et régulation émotionnelle

Pychyl, qui est aussi professeur agrégé de psychologie et chef du Procrastination Research Group, argumente qu'une personne capable de maîtriser ses émotions et de tolérer la frustration est moins encline à procrastiner. Qu’est-ce que ça veut dire? Que la clé pour ne pas remettre à plus tard est la tolérance aux émotions négatives qui découlent des tâches ou responsabilités que nous aimons moins ou qui nous stressent.

Toujours selon ce chercheur, certains traits de personnalité sont en eux-mêmes des facteurs prédisposants. On pense ici au manque de discipline personnelle et à l’impulsivité. Ce qui est ressorti de ses recherches est que le fait de remettre à plus tard représente un désengagement face aux tâches et aux responsabilités. Par la suite – ici j’ai bien ri en pensant à moi ou à mon entourage à certains moments – le professeur note la stratégie de déculpabilisation qui consiste à se dire que l’issue de la situation aurait pu être pire. Par exemple, avoir repoussé des tâches administratives importantes et se rassurer en se disant qu’au moins, on a envoyé les documents à temps… même si c’était à la dernière minute! Vous vous reconnaissez?

3. Procrastination et reconnaissance

La procrastination peut aussi être associée au besoin de reconnaissance, besoin essentiel au développement de l’identité individuelle et professionnelle. Mais quel lien unit ce besoin à notre tendance à procrastiner? Eh bien, nous aurions tendance à choisir une tâche pour laquelle la reconnaissance sera immédiate, ou à tout le moins rapide, par rapport à une tâche à laquelle aucune reconnaissance ne sera associée à court terme.

4. Procrastination et perfectionnisme

Souvent, à la faible estime de soi est intimement lié un perfectionnisme exagéré. En effet, le désir de faire les choses à la perfection est en réalité un besoin de se prouver sa valeur personnelle. Cette tendance présente un aspect vicieux : la quête de la perfection vient inévitablement avec la lourdeur associée à une tâche fastidieuse. Il peut être très décourageant d’entamer un rapport sachant qu’une fois débuté, la barre sera tellement haute qu’on devra y mettre énormément d’énergie et de temps, faute de quoi on en sortira insatisfait. Tel que proposé par Pychyl :

Cette course à la perfection empêche d'agir, et elle peut même directement fabriquer de la procrastination : plutôt que de se confronter à un possible échec, on préfère, même sans vraiment s'en rendre compte, ne pas essayer du tout. 

Soyez donc plus compréhensif avec vous-même, comme vous le seriez avec vos employés.

5. Procrastination et anxiété 

L’accomplissement de tâches qui nous apparaissent moins intéressantes, voire plus difficiles, peut générer de l’anxiété. La procrastination peut devenir une stratégie d’évitement, qui nous épargne cette émotion négative. Cependant, le risque majeur qui découle de cette stratégie, souvent inconsciente, est que l’anxiété qui s’en suit est d’autant plus intolérable.

Fait étonnant : Des tests médicaux tels que l'imagerie par résonance magnétique ont démontré que les procrastinateurs chroniques ont une amygdale plus grosse que la moyenne. L’amygdale, pas ceux dans la bouche mais la partie du cerveau, est le centre des émotions et de l'instinct de survie.

Face à une tâche déplaisante, ces personnes reçoivent de leur amygdale le signal de fuir, comme s'il était question d'échapper à un prédateur.

Vaincre la procrastination, un petit pas à la fois

Sachant que la procrastination est en fait une affaire de contrôle de soi, nous avons le pouvoir de la vaincre. Voici une petite marche à suivre afin de diminuer votre tendance à remettre à plus tard.

1. Admettre que l’on a tendance à procrastiner 

Comme pour toute problématique, de la plus banale à la plus significative, la première étape demeure la prise de conscience.

2. Identifier le pourquoi

Tentez d’identifier la cause de cette habitude, en regard des différentes possibilités nommées dans cet article. C’est ainsi qu’il deviendra possible de travailler sur la bonne source.

3. Accepter de vivre une émotion négative

Acceptez l’inconfort que vous vivrez en accomplissant certaines tâches qui vous font ressentir du stress ou de la peur. Entre vous et moi, les chances sont minces que, le lendemain ou le surlendemain, une même tâche vous paraisse plus agréable ou plus facile qu’en ce moment. 😉

4. Conscientiser de quelle émotion négative il s’agit

Prenez conscience de l’émotion négative liée à la tâche x y ou z, et choisissez délibérément de la laisser de côté. Optez plutôt pour l’action.

5. Adopter la tactique des petits pas

Favorisez les petits pas. Le professeur Timothy Pychyl recommande d’y aller petit à petit. Par exemple, si c’est de gérer les demandes de vacances qui vous rebute, il suggère de commencer par évaluer vos besoins en matière de personnel. Le lendemain, vous pouvez procéder à l’analyse des demandes, et éventuellement arriver à un calendrier équitable pour tous vos employés.

L’objectif derrière cette stratégie est double : vous rapprocher du but final et bénéficier de la fierté d’avoir accompli quelque chose; terminer la déception et le stress lié à l’inaction et à l’évitement.

L’introspection : votre allié pour vaincre la procrastination!

En somme, la procrastination affecte la grande majorité d’entre nous, qu’elle soit ponctuelle ou plus chronique. Cependant, il n’est pas du tout impossible de lui dire adieu! Pour ce faire, des efforts et une grande réflexion sur soi seront nécessaires, mais ô combien bénéfiques!


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